jeudi 15 décembre 2016

Faites l'amour, pas la guerre! Mais ne mélangeons pas tout...



J'ai lu ce matin un article intitulé "l'orgasme dans le tantrisme", écrit initialement par une journaliste du magazine Marie-Claire. Mon premier réflexe a été de penser "aïe aie aie", mais vu que c'est www.yoganova.fr qui le partage et que j'apprécie beaucoup la qualité de leurs publications, j'ai eu envie d'y jeter un œil.

Aux premières lignes, l'onomatopée suivante fut "aaaah!", malheureusement rapidement ponctuée par un gros soupir (oui, je suis une fille expressive) : encore une fois, on mélange allègrement neo-tantra et tantra!

Et là, je me suis rendue compte qu'il s'agissait d'un article que j'avais déjà lu, si, même que j'en avais fait un billet en septembre dernier, ici! Peut-être pondu un peu vite d'ailleurs, l'explication méritant d'être un peu plus fouillée...

Bien, extraits choisis :

Le tantrisme s’adresse principalement aux couples.


Faux. Malgré ce qui a été dit plus haut dans l'article, comme quoi tantra ne signifie pas sexe (ce qui m'a fait penser au début "ah, enfin un article intéressant", sur le tantra s'entend, et non le neo-tantra... puis j'ai commencé à déchanter...), cette affirmation présupposant que le tantrisme est plutôt pour les couples revient à mettre en corrélation la voie et la... pratique sexuelle. Si cette dernière intervient dans le travail tantrique (et tous les tantrikas n'y viennent pas, ben non), elle n'est pas une relation sexuelle "amoureuse", ni même exclusivement érotique, mais bel et bien initiatique, bref entre pratiquants initiés, qu'ils soient en couple ou non.


L'amour et la confiance sont deux clés essentielles pour parvenir à l’orgasme tantrique.


Faux. Enfin, l'amour et la confiance sont de fait essentiels, mais sous l'éclairage suivant : la clé (pour atteindre l'orgasme tantrique) est le développement et la maîtrise du psychisme, et avec la maîtrise vient le lâcher-prise, avec le lâcher-prise vient la confiance, avec la confiance vient l'amour. Sachant que ce n'est pas un amour amoureux, un lien affectif ou du désir charnel, mais de la dévotion. Bref, de la Bhakti.


Ainsi, (dans le tantrisme) on ne fait pas l’amour pour parvenir au coït mais pour tout le plaisir et la relaxation qui provient de l’union et de la fusion du couple et de l’alchimie qui s’en dégage.


Faux. La relation sexuelle ne sert pas à se relaxer et avoir du plaisir, mais à atteindre des niveaux supérieurs de conscience en suscitant l'éveil, et dans un premier temps des étincelles, de la kundalini. Autrement dit, l'acte sexuel et le plaisir qu'il génère sont des "outils" destinés à faire monter l'énergie sexuelle le long de la colonne vertébrale, ou comme le dirait le Tao, faire monter le ching au cerveau.

De la même manière, le Yoga, non, ça ne sert pas à se relaxer...

A contrario du quick sex, le rapport sexuel inspiré du tantrisme tend à repousser le moment de l’orgasme pour profiter au maximum du la fusion du couple. Mais alors, à quels couples peut convenir le tantrisme ? A tous ceux qui souhaitent se "reconnecter", découvrir de nouvelles sensations et aimer leur amant(e) d’une manière différente.


Faux. On ne repousse pas l'orgasme pour profiter de la fusion du couple, on repousse voire réprime l'éjaculation (arrêtons d'utiliser les mots à tord et à travers, orgasme et éjaculation sont deux choses différentes!), y compris côté féminin (même si on ne parlera pas forcément d'éjaculation), pour stimuler de plus en plus fortement l'énergie sexuelle et la faire monter, comme dit précédement. Sachant que "retenir" pour retenir, cela ne sert strictement à rien. Sauf peut-être générer de la frustration et autres troubles psychiques, voire physiques.

Ensuite, le sexe tantrique n'est PAS du slow-sex. On peut éventuellement faire un lien (tout de même hasardeux) parce qu'il s'agira d'être attentif (et donc se précipiter serait contre productif) non pas à l'assouvissement physique et à la performance mais... non pas non plus au plaisir du partenaire et à la découverte de nouvelles sensations, à son bien-être, à son rythme, aux liens affectifs, à notre connexion, à la découverte de nouvelles sensations etc (ça, c'est le slow-sex) mais... voir paragraphe précédent.

En revanche, tester la démarche tantrique ne peut se faire qu’à deux : si l’un des partenaires est réticent, cela entravera l’orgasme tantrique qui nécessite un relâchement total des deux partenaires.


Faux. Il ne faut pas forcément être deux, on peut expérimenter seul (en solitaire j'entends, de manière exclusivement interne ou via la masturbation lorsqu'il s'agira d'user de la pratique sexuelle à proprement parler). Bien qu'à deux, ce pourra être évidemment plus intense et énergétiquement profitable, pourvu que les deux partenaires aient le niveau de maîtrise psychique ad hoc.

Après, la réticence de l'un des deux partenaires n'a aucun sens ici, vu que l'on parle dans le sexe tantrique d'initiés souhaitant travailler ensemble leur pratique, et non pas d'amants et de rapport sexuel classique (par opposition à tantrique), même s'il est fait avec beaucoup d'amour et selon les préceptes du slow-sex...

C’est le principe du tantrisme : on ne parle plus d’acte sexuel mais de découverte des sens à deux.


Faux. Une pratique est tantrique dès le moment où son objectif est de manifester en soi ou dans le partenaire la puissance de Shakti, la puissance universelle, et susciter l'éveil de la kundalini.

Tout le reste, c'est du sexe, du sexe dévotionnel, du slow-sex, du neo-tantra... mais PAS du Tantra (Yoga), et donc de fait PAS du sexe tantrique.

On caresse et masse le corps de son partenaire dans son ensemble et on ne mise plus tout sur les zones érogènes… Les mains, les mollets, les pieds, le dos, les épaules et même le visage : c’est l’ensemble du corps qui doit être stimulé et pas juste les seins, les fesses ou le sexe.


Faux. Ou plutôt incomplet. La pratique tantrique n'est pas que caresses et massages (par pitié!), il s'agit avant tout de développement et maîtrise du psychisme par l'intermédiaire de nombreuses techniques méditatives et énergétiques, dont la stimulation charnelle ne fait pas forcément systématiquement partie.

En outre, caresser et masser avec amour, attention et douceur ne rend pas l'acte tantrique pour autant. Sans la maîtrise susdite, les sentiments, émotions et pulsions prendront bien vite le relais et vous déborderont avant même que vous ne vous en rendiez compte!

Ralentir la venue d’un orgasme demande une vraie technique [...] il faut parvenir à maîtriser les contractions liées à la montée du plaisir, notamment en musclant son périnée et en adoptant une respiration relaxante.

Vrai (yes!) mais incomplet (zut...), si la gymnastique musculaire et respiratoire suffisait à expérimenter des étincelles de kundalini (ce qu'est l'orgasme tantrique au début, et qui ira en s'intensifiant avec le développement de la maîtrise), on croiserait des "éveillés" (notez bien que je n'ai pas dit "illuminés"...) à chaque coin de rue!

Apprendre à contrôler et ensuite maîtriser son corps est évidemment indispensable, mais insuffisant, car cette maîtrise doit tout autant être acquise au niveau émotionnel et mental. Et ça, c'est autrement plus laborieux qu'apprendre à relâcher son corps et bien respirer...

Ceci étant, cet article reste un bon billet sur le neo-tantra, ou slow-sex à dimension spirituelle, voire dévotionnelle. Et franchement, si tout le monde s'y mettait un tantinet, notre monde tournerait plus que certainement bien mieux.

En conclusion, et comme dirait l'autre (et il a fichtrement raison, l'autre...) faites l'amour, pas la guerre!


Texte sous copyright - tous droits réservés - 2016 - Kama Tantra Yoga


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