samedi 1 avril 2017

Je vous demande pardon, partie II : quel relationnel?


Terme japonais désignant "celui qui était là avant moi, garant du savoir et de l'expérience d'un savoir-faire"

Mes élèves le savent, j'impose le vouvoiement. Imposer, diable que voilà, encore, un vilain mot! Cependant, cette exigence découle de plus de 15 ans d'expérience dans l'enseignement et d'à peine moins dans le domaine du massage (car les massages que je prodigue sont également des enseignements!), et, croyez-moi ou non, elle ne sert que votre épanouissement. Je vous explique :

Psychologiquement et socialement, le tutoiement est perçu comme une familiarité (qui n'est pas synonyme de grossièreté dans ce cas-ci, mais bien de proximité et d'intimité). Nous sommes par exemple familier avec des parents, avec des amis, ou avec sa/son conjoint. Rien d'indécent là-dedans, ni d'irrespectueux, il n'y a simplement plus la distance formelle du vouvoiement avec un proche car on est de fait plus ou moins intime. Hors du cadre privé, il est de bon ton de privilégier le vouvoiement, et ce principalement pour éviter les dérapages inconvenants qui finissent par se produire la plupart du temps, et ce souvent tout à fait inconsciemment...

Le rapport à l'enseignement


Lorsque l'on tutoie une personne, on brise, sciemment ou non, cette distance formelle. Et tout aussi automatiquement, notre psychisme nous fait entendre que nous sommes dans un rapport à la fois d'égal à égal, à la fois plus ou moins intime avec la personne concernée. Si dans une relation amicale, la chose prend tout son sens, ce n'est pas du tout le cas lorsque l'on entre dans le domaine de l’enseignement (sachant que la thérapeutique est également une forme d'enseignement).

En effet, il n y a pas de rapport d'égal à égal entre un enseignant et un élève en ce qui concerne la discipline enseignée (aucun jugement de valeur ici!), l'enseignant est de fait le "maître" (= qui a la maîtrise de la discipline enseignée) et l'élève, le "disciple" (= qui suit la discipline enseignée). Ce genre de relation rend indispensable la distance formelle, qui est bien souvent mise à mal lorsque les attitudes familières pointent leur nez, notamment le tutoiement.

Pour illustrer, je prends un exemple qui parle de lui-même : si vous avez déjà tenté de donner un enseignement à un ami, ou simplement des conseils, comment cela se passe t'il en général? Il vous prendra souvent gentiment de haut, ou minimisera les choses en les tournant à la rigolade, ou encore son émotivité prendra le dessus, il se vexera, etc. Dans tous les cas, il ne sera pas plus que ça à l'écoute.

Par le passé, j'ai tenté vainement d'enseigner un parent qui me demandait mon aide quant à son développement personnel. Je lui ai donné quelques exercices à faire. Exercices qu'il n'a évidemment pas fait. Quelques années plus tard, il m'a dit être aller voir un thérapeute, et à quel point il était content parce que les exercices donnés par ce dernier lui avaient fait tellement de bien. Et devinez de quels exercices il s'agissait? L'histoire est peut-être cocasse, mais dans les faits, le parent en question a perdu beaucoup de temps, ce qui n'est finalement pas si drôle que ça...

Vous savez maintenant pourquoi, dans des domaines tels que la psychologie ou du coaching, on vous dira toujours d'éviter de prendre des proches comme patients.

Le rapport à la personne


Il y a donc cette notion de distance formelle et nécessaire dans une relation professionnelle (par opposition à privée) que brise rapidement l'usage intempestif du tutoiement et autres gestes de familiarité (comme la fameuse "bise" par exemple, que l'on fait sans vraiment y penser, souvent plus par convenance qu'autre chose), situation que j'ai observée à multiples reprises.

Autre danger du comportement familier avec une personne qui ne fait pas partie de votre cercle privé, ce sont les débordements. Je prend à nouveau en exemple ma propre expérience : dans un premier temps, on me voit pour ce que je suis en réalité, c'est-à-dire une enseignante (voire une thérapeute), mais en passant au tutoiement, votre regard change (inconsciemment) et je passe de la professionnelle à la "pote". Résultat? On se comporte avec moi en conséquence, d'une part en prenant mon enseignement à la légère (pas que cela me vexe, mais cette attitude vous rendra moins discipliné et vous n'avancerez plus autant, voire plus du tout), d'autre part en m'envoyant des sollicitations écrites qui s'adressent typiquement à des proches ou amis, et certainement pas à un professeur ou thérapeute. Et oui, le "coucou, ça va?" entre absolument dans cette catégorie : franchement, ça vous arrive souvent d'envoyer ce genre de messages à votre dentiste ou à votre comptable? Avec un enseignant, on apprend, avec un ami, on papote : ne mélangeons pas tout! Et s'il était bien utile de le préciser, recevoir un massage tantrique ne fait pas de nous des intimes...

Revenons d'ailleurs sur ce dernier point, car on est encore loin d'être sorti du tabou et déni vis-à-vis de tout ce qui touche de près ou de loin à la sexualité. Parmi ma clientèle, j'observe certes que de plus en plus de personnes viennent au massage afin de répondre à un souhait de développement de soi plutôt que dans l'espoir d'un quelconque assouvissement sexuel, et je trouve ça juste magnifique! Il y a cependant une petite récurrence, qui intervient quasi systématiquement suite au tutoiement : parce que le massage tantrique est partiellement naturiste et qu'il y a contact (uniquement manuel et non masturbatoire, certes) avec vos parties intimes durant celui-ci, certains s'imaginent que la relation avec le ou la professionnelle devient de fait d'ordre intime elle aussi, amicalement, amoureusement ou sexuellement. Hé bien non! Pas plus que celle du gynécologue et de sa patiente qui vient de se faire ausculter...

Je le répète et le répéterai tant que cela s’avérera nécessaire : ne mélangeons pas tout. Je suis une enseignante et thérapeute (par l'intermédiaire de l'enseignement), et pour certaines personnes un mentor, mais je ne suis pas et ne serai jamais une "pote" (ni une "amoureuse", je précise au cas où...). Ce qui n'empêche pas la chaleur, le respect, la bienveillance et une affection toute dévotionnelle (qui n'a rien à voir avec les sentiments amicaux et amoureux, ni avec le désir sexuel).

Voilà pourquoi je n'accepte plus le tutoiement, non pas pour vous embêter, non pas pour vous rejeter, mais justement parce que j'ai le plus grand respect pour votre épanouissement et ferai tout ce qu'il faut pour vous aider à le réaliser.

Ne laissons pas notre psychisme nous gouverner, apprenons à le maîtriser afin d'en nourrir notre conscience!

La suite ici : Je vous demande pardon, partie III : pourquoi ne fais-je pas (plus) de bénévolat? 

Texte sous copyright - tous droits réservés - 2017 - Kama Tantra Yoga


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